ACEUM: des agriculteurs fulminent, et ce n'est pas contre la gestion de l'offre

OTTAWA - Une importante organisation d'agriculteurs américains souhaite que le nouvel accord de libre-échange nord-américain soit renégocié afin de corriger une faille majeure -- qui n'a rien à voir avec le controversé système de gestion de l'offre.

La National Farmers Union affirme que la protection élargie des brevets pour les nouveaux produits pharmaceutiques doit être réduite afin que des versions génériques moins coûteuses de nouveaux médicaments puissent être mises à la disposition des consommateurs plus rapidement.

Patty Edelberg, vice-présidente du groupe établi à Washington, a fait valoir que les familles d'agriculteurs américains qui font face à un stress croissant et un marché en déclin ont besoin d'un meilleur accès à des soins de santé abordables -- ce qui comprend les médicaments. Selon elle, cela revêt une plus grande importance que l'accès au marché protégé des produits laitiers au Canada.

L'ouverture du marché canadien des produits laitiers régis par la gestion de l'offre était une priorité majeure des États-Unis lors de la renégociation de l'accord de libre-échange nord-américain, qui a été ponctuée par de vives critiques de Donald Trump sur des pratiques jugées déloyales pour les agriculteurs américains.

Les républicains exercent de fortes pressions au Capitole cette semaine, exhortant les démocrates à présenter un projet de loi de ratification du nouvel Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) à la Chambre des représentants.

Mais les démocrates souhaitent d'abord apporter des changements à l'ACEUM, notamment sur les nouvelles protections des brevets des produits pharmaceutiques, ainsi que des dispositions plus strictes en matière de travail et d'environnement. Cet effort est également soutenu par le syndicat d'agriculteurs américains.

D'autres groupes agricoles, ainsi que des politiciens d'États producteurs de lait, poussent également les démocrates à aller de l'avant avec l'ACEUM.

Ni le Canada ni les États-Unis n'ont encore ratifié le nouvel accord. Le Congrès américain est revenu de ses vacances d'été cette semaine tandis que la campagne électorale fédérale canadienne s'amorce officiellement mercredi, ce qui signifie que le Parlement ne pourra siéger qu'après le 21 octobre.

Retourner à la table

Le gouvernement libéral a déjà affirmé qu'il ne renégocierait pas le nouvel accord, estimant qu'il était clos, mais Mme Edelberg s'est fait l'écho du discours démocrate selon lequel des changements devront être apportés, notamment en ce qui concerne les dispositions de protection des brevets pour les médicaments.

«Sans accès à des soins de santé de qualité, et les médicaments sur ordonnance en constituent une part importante, il est dur de vendre (l'accord) aux agriculteurs», a déclaré Mme Edelberg en entrevue mardi.

«Nous devons retourner à la table des négociations», a-t-elle ajouté. «Pourquoi les produits pharmaceutiques se retrouvent-ils dans un accord commercial? Cela n'a jamais été là auparavant. Cela ne venait pas du Canada, pas plus du Mexique. Cela venait de notre propre grand secteur pharmaceutique aux États-Unis et une fois que cela figure dans un accord commercial, il n'y a plus moyen de revenir en arrière.»

Les producteurs laitiers canadiens ne sont pas non plus satisfaits de l'accord, et critiquent l'accès accru qu'il permet aux produits américains.

«S'il est ratifié tel quel, l'ACEUM concédera quatre pour cent additionnels de notre production laitière aux producteurs laitiers américains pour approvisionner le marché canadien, tout en limitant notre capacité à exporter nos propres produits laitiers», a affirmé le directeur général des Producteurs laitiers du Canada, Jacques Lefebvre, dans une déclaration à La Presse canadienne.

Mme Edelberg a affirmé pour sa part que l'accès accru des producteurs américains au marché canadien est négligeable et ne résoudra pas les problèmes auxquels les agriculteurs de son pays sont maintenant confrontés.

«Votre industrie laitière représente un dixième de la taille de notre industrie laitière», a-t-elle souligné.

«La seule chose que nous allons faire en augmentant nos exportations de produits laitiers vers le Canada, c'est de ruiner votre système de gestion de l'offre... Et de gâcher votre industrie laitière n'en vaut pas le coup pour le peu que cela nous apportera.»

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