Bombardier éliminera 2500 emplois: Québec encore ouvert à une aide

MONTRÉAL - Malgré d'autres licenciements chez Bombardier, Québec semble toujours enclin à voler au secours de l'entreprise, mais le montage devra être différent de celui qui a fait perdre 1,3 milliard $ aux contribuables dans la C Series -- maintenant appelé A220 --, a prévenu le premier ministre François Legault.

De passage à Orford, en Estrie, vendredi après-midi, celui-ci a énuméré ses conditions en révélant que le «montant total» de l'investissement effectué en 2015 par le gouvernement libéral de Philippe Couillard dans le programme de l'avion maintenant contrôlé par Airbus «devrait être radié».

«Les Québécois ont perdu 1,3 milliard $ à cause du Parti libéral du Québec, à cause de la façon dont la transaction a été structurée», a lancé M. Legault, en point de presse.

L'État québécois détient 25 % de l'A220 depuis février étant donné que Bombardier a quitté l'aventure. Dans la foulée de la transaction, annoncée en février dernier, Québec avait dévalué de 600 millions $ son placement.

Vendredi, M. Legault est allé beaucoup plus loin en affirmant que la somme serait totalement perdue. À la tête de la Coalition avenir Québec lorsqu'elle siégeait dans l'opposition, ce dernier avait critiqué à plusieurs reprises l'investissement dans la C Series.

Des conditions

Bombardier éliminera 2500 postes cette année, soit plus de 11 % de l'effectif de sa division aviation, au moment où son secteur des jets d'affaires, vers lequel la compagnie effectue son recentrage, est secoué par les turbulences provoquées par la COVID-19.

C'est le Québec qui écopera le plus, avec 1500 pertes d'emploi, contre 400 autres en Ontario. Quelque 500 postes seront éliminés au Mexique, 40 aux États-Unis et 60 ailleurs dans le monde. La moitié des départs se feront d'ici la fin du mois.

Après son ministre de l'Économie Eric Girard, qui s'était montré «ouvert» à une aide, M. Legault n'a pas fermé la porte à un éventuel soutien, qui sera conditionnel à des garanties, ce que l'investissement dans la C Series ne prévoyait pas.

«Si on devait investir, on s'assurerait de ne pas répéter ces erreurs-là, a dit M. Legault. D'investir dans l'ensemble du groupe, d'avoir des garanties sur le nombre d'emplois, parce que ce qui nous intéresse (...) ce sont les emplois.»

Alors que la politique de rémunération des patrons de Bombardier a suscité l'ire de la classe politique et de la population à plus d'une reprise, une aide financière serait également accompagnée de conditions entourant les primes, les salaires ainsi que les dividendes, a dit le premier ministre.

Il y a environ un mois, le président et chef de la direction de l'avionneur, Éric Martel, en poste depuis le 6 avril, avait laissé entendre qu'il pourrait cogner à la porte des gouvernements dans le but d'obtenir un «soutien supplémentaire» si les effets de la pandémie continuaient à se faire ressentir.

Les licenciements chez Bombardier s'ajoutent aux mauvaises nouvelles ayant frappé l'industrie aérospatiale québécoise depuis le début de la pandémie. Plus de 1000 postes ont disparu à la suite de compressions chez Pratt & Whitney Canada, Héroux-Devtek, CAE ainsi qu'Airbus Canada.

La demande plonge

Après avoir vu ses activités manufacturières perturbées par le nouveau coronavirus, la multinationale devra ajuster sa production étant donné qu'elle anticipe une baisse des livraisons de l'ordre de 30 % sur 12 mois en raison de la pandémie.

«Il est fort regrettable de devoir recourir à ces réductions, a expliqué le président de Bombardier Aviation, David Coleal, dans une note interne envoyée aux employés que La Presse canadienne a pu consulter. Cependant, nous avons atteint le maximum de notre capacité de maintenir nos niveaux d'emploi d'avant la crise.»

La division des jets d'affaires de l'entreprise est très présente au Québec, où l'on effectue l'assemblage de la famille des Challenger et la finition du Global 7500, l'appareil sur lequel mise la société pour asseoir sa croissance. On y retrouve plus de 10 000 employés. Les usines de Dorval et de l'arrondissement montréalais de Saint-Laurent seront touchées.

La compagnie n'a pas voulu s'avancer sur sa nouvelle cadence, se limitant à dire qu'elle offrira plus de détails le 6 août en dévoilant ses résultats du deuxième trimestre. La restructuration se traduira par une charge de 40 millions $ US.

«Pour Bombardier, nous anticipons une baisse de 35 % des livraisons en 2020 en excluant le Global 7500 ou une chute de 20 % en incluant l'appareil», a expliqué l'analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, dans une note envoyée aux investisseurs.

L'an dernier, la société a effectué 142 livraisons de Global, Challenger et Learjet, soit cinq de plus qu'en 2018. Avant de mettre ses prévisions sur la glace en raison de la COVID-19, l'avionneur prévoyait 160 livraisons cette année.

Difficile à avaler

Pour le syndicat des Machinistes, qui représente 717 des employés touchés, la décision prise par Bombardier est «incompréhensible». À son avis, l'entreprise aurait pu se tourner vers la Subvention salariale d'urgence du Canada, comme elle l'a fait pour les mois d'avril et de mai, afin d'éviter des licenciements.

«C'est un moment où l'entreprise aurait pu aider les travailleurs, a expliqué le coordonnateur québécois David Chartrand, au cours d'un entretien téléphonique. Il y a un coût pour l'entreprise (comme les assurances collectives et le régime de retraite), mais une partie est absorbée par l'État.»

Interrogé à ce sujet, un porte-parole de l'avionneur, Mark Masluch, a affirmé que les licenciements s'inscrivaient dans un ajustement d'effectif à long terme. La société continuera à se prévaloir de la subvention d'urgence pour ses travailleurs actifs.

Unifor estime que 390 de ses membres du centre de finition Global 7500 pourraient être affectés à compter de septembre. Le syndicat espère pouvoir éviter des licenciements grâce, par exemple, à des départs anticipés à la retraite.

Lundi, Bombardier avait conclu la vente de ses jets régionaux à Mitsubishi Heavy Industries pour 550 millions $ US, concrétisant son départ du secteur de l'aviation commerciale après la cession de sa participation dans l'A220 plus tôt cette année. L'entreprise a également conclu une entente avec Alstom pour lui céder sa division ferroviaire.

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