Des agences de notation déjà préoccupées par les finances de Bombardier

MONTRÉAL - Trois des principales agences de notation nord-américaines n'ont pas tardé à manifester leurs inquiétudes à l'égard des finances de Bombardier, qui considère ses options pour réduire sa dette de plus de 9 milliards $ US, ce qui soulève des questions sur son avenir.

La société a vu sa note de crédit être abaissée à «CCC+» par Fitch Ratings, vendredi, quelques heures après que S&P Global Ratings eut décidé de faire passer ses perspectives de «stables» à «négatives». Moody's avait lancé le bal jeudi soir en modifiant ses perspectives.

Une révision à la baisse de la note de crédit se traduit généralement par une hausse des coûts d'emprunt.

Parallèlement, au lendemain d'une dégringolade de 32 pour cent à la Bourse de Toronto, le titre du constructeur d'avions et de trains a continué à perdre des plumes en abandonnant 10 cents, ou environ 8,2 %, pour clôturer à 1,12 $.

Aux prises avec des difficultés persistantes dans sa division ferroviaire, Bombardier a également laissé planer le doute sur sa participation dans l'A220, moins de deux ans après avoir cédé le contrôle du programme autrefois appelé C Series à Airbus.

«Ces nouvelles créent de l'incertitude quant au niveau de rentabilité de Bombardier Transport et réduisent la flexibilité financière de l'entreprise», a souligné Fitch, dans son rapport.

La multinationale s'attend à consommer 1,2 milliard $ US en liquidités pour l'exercice 2019, alors que sa prévision datant du mois d'août dernier évoquait plutôt 500 millions $ US.

«Par conséquent, nous sommes moins convaincus que Bombardier soit en mesure de générer des flux de trésorerie positifs (qui servent à rembourser la dette) en 2020 et d'afficher une amélioration en 2021», a souligné S&P Global Ratings, qui n'a pas fermé la porte à une éventuelle décote de Bombardier, dont la note est «B-».

Dans la division ferroviaire, les problèmes persistants, notamment en lien avec des contrats au Royaume-Uni, avec les Chemins de fer fédéraux suisses et en raison de coûts accrus en Allemagne, forceront l'entreprise à comptabiliser une charge de 350 millions $ US.

«La (situation des) flux de trésorerie, le niveau d'endettement, les investissements supplémentaires pour l'A220 et l'examen d'options pour accélérer le désendettement se reflètent dans notre décision», a expliqué l'analyste principal et vice-président chez Moody's, Jamie Koutsoukis.

Un coussin

Moody's a néanmoins souligné que Bombardier avait accès à des liquidités de 2,6 milliards $ US en date du troisième trimestre et qu'elle devrait obtenir environ 1,1 milliard $ US grâce aux ventes du programme des jets régionaux CRJ et de ses usines de Belfast, en Irlande du Nord, ainsi que de Casablanca, au Maroc.

Puisque le rendement devrait être plus faible, Bombardier risque de dévaluer sa participation dans la Société en commandite Airbus Canada (SCAC).

L'État québécois, qui a injecté 1 milliard $ US dans l'ex-C Series en 2016 et qui détient actuellement une participation de 16,36 % dans le programme, devrait devoir faire de même avec son placement.

Puisque de nouveaux fonds sont nécessaires, Québec se retrouve également dans une situation délicate, alors qu'il faudra encore mettre de l'argent sur la table pour éviter une nouvelle dilution de sa participation.

Interrogé à ce sujet vendredi, Mathieu St-Amand, l'attachée de presse du ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a indiqué qu'il n'y avait toujours pas de commentaires à offrir.

Puisqu'il ne reste plus beaucoup d'actifs à vendre pour réduire sa lourde dette, des analystes financiers ont évoqué des scénarios où Bombardier pourrait tout simplement se départir de sa division des jets d'affaires ou de son secteur du matériel roulant.

«Actuellement, il n'y a pas de demande, et nous ne prévoyons pas en faire une», a indiqué par courriel une porte-parole de la société, Jessica McDonald, en réponse à une question visant à savoir si la compagnie avait cogné à la porte des gouvernements dans le cadre de ses démarches visant à assainir son bilan.

Dans un rapport envoyé à ses clients, Kevin Chiang, de CIBC Marchés des capitaux, se penche sur le scénario dans lequel Bombardier procéderait à une scission de la totalité de ses actifs.

Selon l'analyste, l'entreprise serait en mesure de générer, pour les actionnaires, une valeur par action oscillant entre 2 $ et 4 $, soit plus du triple que le cours actuel du titre.

«Nous ne considérons pas Bombardier (dans une position vulnérable ) en raison de ses liquidités actuelles qui peuvent lui fournir un coussin», a précisé M. Chiang dans son rapport.

Bombardier doit divulguer ses résultats du quatrième trimestre le 13 février.

Entreprise dans cette dépêche: (TSX:BBD.B)