L'UPA et la ministre Bibeau ouvrent la négociation sur Agri-stabilité

Le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA) et la ministre fédérale de l'Agriculture se sont livrés à une quasi négociation publique sur le programme Agri-stabilité devant les membres de l'UPA réunis en congrès à Québec, mardi.

Prenant d'abord la parole, Marcel Groleau a demandé à la ministre Marie-Claude Bibeau de rehausser le programme qui, depuis les compressions imposées par le gouvernement Harper en 2013, s'apparente davantage à une aide de dernier recours en cas de catastrophe plutôt qu'à un programme de gestion de risque. Reprochant au fédéral d'invoquer l'absence de consensus entre les provinces pour ne pas revoir le programme, il a même présenté une proposition de redistribution de responsabilité financière qui aurait non seulement l'avantage de redonner au programme son sens initial, mais même de contribuer à l'unité canadienne.

«Dans un programme de gestion des risques, le premier 15 % est à la charge des producteurs. Ce sont les risques que les producteurs assument. Dans le programme qu'on a imaginé, de 15 % à 30 % de pertes seraient assumées par un programme fédéral-provincial et, au-delà de 30 % de perte, il s'agirait d'un programme catastrophe assumé à 100 % par le gouvernement fédéral», a-t-il détaillé.

«On serait capables d'aller chercher l'unanimité des provinces parce qu'on ne leur en demande pas vraiment plus et on offrirait aux producteurs agricoles canadiens un programme digne du nom "gestion des risques en agriculture". Dans le contexte actuel où on cherche à rapprocher les provinces canadiennes, je pense que le secteur agricole pourrait être un des secteurs qui contribuent à ce rapprochement-là», a soutenu le président de l'UPA.

La ministre ouverte

Invitée à son tour à s'adresser aux congressistes, Mme Bibeau a fait part de son intention de revoir le programme et s'est montrée ouverte à cette approche.

«Dans deux semaines, je vais rencontrer tous les ministres de l'Agriculture des provinces et territoires, dans le but précis d'apporter des améliorations à Agri-stabilité pour ce printemps. Et on va aussi jeter les bases d'une revue plus en profondeur de l'ensemble des programmes de gestion de risque», a-t-elle précisé.

«Je suis déterminée à améliorer ces programmes pour qu'ils répondent mieux à la nouvelle réalité et j'ai bien pris note de votre proposition tout à l'heure; je vais regarder ça plus en détail.»

2019, une année difficile

Tant la ministre que le dirigeant syndical se sont entendus pour dire que l'année 2019 avait été particulièrement difficile pour les producteurs, et ce, tant en raison du différend commercial avec la Chine que des conditions climatiques difficiles et de la grève au CN qui a privé les producteurs de propane pour le séchage de grain durant un certain temps.

«Une année de surprises, a déclaré Marcel Groleau. On ne s'attendait pas à être entraînés dans le conflit entre les États-Unis et la Chine.»

Le conflit, qui a débordé sur le Canada à la suite de l'arrestation de Meng Wanzhou, une haute dirigeante du géant chinois des télécommunications Huawei à la demande des États-Unis, a notamment mené à la fermeture du marché chinois au canola canadien, puis au porc et au boeuf.

Cette interdiction a récemment été levée et Mme Bibeau s'est réjouie d'avoir «rétabli l'accès au marché de la Chine pour le porc et le boeuf», bien que ce soit la Chine qui ait levé l'interdiction après une éclosion de la peste porcine africaine au sein de sa propre production intérieure.

Victimes «d'acharnement médiatique»

Dans le dossier de l'environnement, le président de l'UPA a affirmé que les producteurs avaient été victimes «d'acharnement médiatique» en ce qui a trait à l'usage de pesticides, une situation qu'il estime injuste. Il a notamment fait valoir que les pratiques environnementales des producteurs québécois s'étaient grandement améliorées, qu'ils étaient les plus réglementés au Canada et que les diverses contraintes avaient porté fruit au cours des dernières années.

«Les messages ont été négatifs pour l'agriculture. Des messages qui nous faisaient mal, parce qu'on travaille beaucoup à respecter les règles environnementales, à améliorer nos pratiques environnementales.

«On investit beaucoup depuis plusieurs années, on a changé beaucoup de choses et les messages qu'on entendait cette année étaient très négatifs en rapport à tout le travail qui avait été fait dans les dernières années.»

Encore des ratés informatiques au fédéral

Par ailleurs, la grogne des agriculteurs ne fléchit pas quant à l'ouverture des marchés, eux qui attendent toujours les compensations promises par Ottawa pour les parts de marché cédées lors des négociations de libre-échange avec l'Europe, l'Asie-Pacifique et les États-Unis.

«L'ouverture des marchés vient avec responsabilités et, à ce jour, je ne considère pas que le gouvernement canadien assume ses responsabilités en regard de l'ouverture des marchés qu'il a négociée», a dénoncé M. Groleau.

La ministre Bibeau a répliqué que les premiers 345 millions $ mis de côté pour les producteurs laitiers commenceront à être versés d'ici la fin de l'année, tout en reconnaissant que le portail informatique de la Commission canadienne du lait connaissait des ratés.

«On suit les étapes nécessaires pour que le premier versement vous soit versé directement le plus rapidement possible, a-t-elle déclaré aux membres de l'UPA. Vous avez probablement remarqué qu'on a des petits défis -- la Commission canadienne du lait a des petits défis -- avec le portail.»

Elle a précisé que, pour cette raison, on avait repoussé au 13 décembre l'échéance pour faire parvenir les formulaires afin de recevoir un premier versement avant le 31 décembre, ajoutant que «dans le doute», les producteurs pouvaient envoyer un formulaire papier par la poste ou par télécopieur.

Elle a ajouté qu'elle travaille toujours pour les compensations aux autres secteurs sous gestion de l'offre, soit les producteurs d'oeufs, de volaille et les transformateurs, et a promis, encore une fois, «de ne plus céder aucune part de marché».